Votre éditorial du 28 avril 2011

Monsieur le rédacteur en chef,

J’ai lu votre éditorial concernant notamment l’implantation d’éoliennes sur les crêtes des montagnes du Jura. Apparemment vous avez des comptes à régler avec M. Roch et je ne saurais entrer dans une polémique très personnelle.

Permettez-moi cependant d’imaginer la Suisse dans une vingtaine d’années, avec 10 millions d’habitants, dont 2 dans l’Arc lémanique, du Pays de Gex à Yverdon-les-Bains, il y aura une très forte densité de population et un trafic intense ; la main d’œuvre se déplacera de France, des montagnes jurassiennes, d’Italie pour rallier l’Eldorado lémanique où se concentreront les sièges principaux des plus prestigieuses entreprises du monde entier.

La crise du logement n’en sera que plus forte, les immeubles égratineront les nuages, les gens auront besoin de se ressourcer dans des endroits naturels, préservés des nuisances que les « Lémaniques » vivront au quotidien. La Suisse aura besoin, plus qu’ailleurs, de paysages reposants, accueillants, à quelques encablures de leurs 3-4 pièces.

Le professeur Geiger de Zurich, dans ses considérations sur l’aménagement du territoire, défend l’idée que la Suisse a besoin de zones préservées, où ses habitants puissent respirer, se faire du bien et avoir de sains loisirs à proximité de leur domicile.

Par la dérision que vous démontrez sur le problème de l’implantation d’éoliennes dans l’Arc jurassien, vous n’apportez aucune perspective sur le futur énergétique de la Suisse. Corps et âme vous tombez dans le piège de la facilité intellectuelle en accordant votre allégeance aux premiers qui ont sauté sur les subventions fédérales en matière d’énergies renouvelables, les promoteurs de l’éolien… qui sont les mêmes que ceux du nucléaire. Vous semblez totalement oublier quelques chiffres incontestables :

  • la consommation d’électricité a augmenté de 4% en 2010 alors que l’on nous annonce 2% en moyenne pour les 20 prochaines années ;
  • l’installation de 600 éoliennes dans l’Arc jurassien comblerait à peine  cette augmentation et ne résoudrait d’aucune manière le déficit post-nucléaire ;
  • 600 éoliennes distantes de 600 m en raison des turbulences impliqueraient une muraille de 360 km, soit plus que la longueur du Jura suisse.

En 2030, nos enfants auront besoin de régions naturelles préservées, dans lesquelles ils  pourront se défouler dans un cadre paisible. A contrario dans un paysage partout industrialisé par des usines déguisées en projets écologiques, avec des étendues perlées de panneaux « CAUTION : vous entrez à vos risques et périls dans un périmètre qui comporte des dangers », les gens , nos enfants, en seront réduits à suivre le modèle… japonais : habiter dans des cages à lapins et économiser pour aller se ressourcer, mais très loin.

Si vous souhaitez être mieux renseigné sur l’énergie éolienne, je suis en mesure de vous accueillir au Noirmont afin que vous vous rendiez compte des effets négatifs des éoliennes sur le paysage, mais surtout des nuisances sonores que subissent les riverains. Nous pourrions aussi profiter de nous régaler dans un noble établissement du village.

Je reste à disposition pour répondre à toutes vos questions et à mettre en place l’invitation à venir dans les Franches-Montagnes.

Recevez, Monsieur le rédacteur en chef, mes meilleures salutations.

Jean-Daniel Tschan
Président de Librevent,
association pour la sauvegarde des paysages desFranches-Montagnes et régions limitrophes

© Crédit photo : BNJ

Partager l'article sur

Répondre