Le projet « Jura, pays ouvert » sera-t-il ressuscité ?

Le 16 mai 2004, les citoyens.nes du canton du Jura votaient NON, par 53.5%, au projet « Jura, pays ouvert » (JPO), programme de relance économique et démographique  porté par l’ancien ministre Jean-François Roth.  Dix-neuf ans plus tard, nous pouvons dire que le Jura a fait fausse route.

Sur le plan économique, la baisse du taux d’imposition des entreprises ainsi que le non-versement de dividende de la Banque nationale suisse (BNS) en 2023 vont mettre en péril les finances du canton.  Pour 2022, la part perçue par le Jura s’est élevée à 34 millions de francs. Pour cette année, les perspectives sont catastrophiques. L’avenir ne semble pas du tout radieux dans la mesure où les prévisions financières de la BNS ne sont pas positives pour les prochaines années. Le Gouvernement et le Parlement travaillent actuellement d’arrache-pied pour parvenir à un budget qui tienne la route. Il ne s’agit pas d’une stratégie, d’un projet à futur, mais d’une remédiation à des manquements structurels  

Autre argument en faveur de JPO, la relance démographique. Le JPO avait pour objectif « la réduction de l’émigration définitive des jeunes Jurassiens ». Si nous considérons les chiffres de ces dernières années, nous constatons que la population du canton, avec ses 73’851 habitants.es au 31.12.2023, stagne, avec une augmentation de 1’069 habitants durant les 7 dernières années (1.4%). C’est le taux le plus bas de Suisse avec Neuchâtel et Appenzell R.E. Dans les buts du projet JPO, l’article 2 projetait un objectif  d’au moins 80’000 habitants en 2020. La présence d’une forte présence de frontaliers.ères dans les usines du Jura explique clairement cette tendance. L’emploi ne correspond pas/plus au développement démographique… avec environ 10’000 frontaliers.ères. 

Pour nous, l’établissement d’activités économiques sur le territoire cantonal consisterait à mettre sur pied une politique avec l’objectif d’attirer des entreprises qui s’implanteraient en Ajoie par exemple, avec leur développement, leur production et leur gestion sur place. 

Actuellement, le développement économique du canton du Jura est lié à BaselArea. Les objectifs ne correspondent pas à un Jura ouvert ; au contraire il s’agit d’un choix qui, à différents points de vue,  s’avère discutable. D’une part, l’Ajoie et les Franches-Montagnes sont exclues de ce processus pour des raisons géographiques. D’autre part, nous nous demandons quels sont les points communs entre les branches industrielles des deux Bâle et celles du Jura. Entre pharma et chimie d’un côté, technique horlogère et mécanique de l’autre, les accointances sont difficilement perceptibles. Moralité : que fait-on avec les Bâlois ?

En 2004, à l’issue de la votation sur le JPO, le journal Le Temps titrait « Le Jura doit apprendre à voir plus loin que ses clochers ». Dix-neuf ans plus tard, le constat est sinistre. De progressif à ses débuts, le canton s’est recroquevillé dans son pré carré, avec un regard unilatéral sur Bâle. Il est temps que ses autorités prennent le taureau par les cornes en mettant sur la table des partis et forces actives du Jura un concept d’amélioration de structures surannées, du lourd fonctionnement de l’administration et de l’efficacité des décisions prises. 

Pour finir cette histoire du « Jura, pays ouvert », il nous plaît de relever les mots de Jean-François Roth qui disait au lendemain du NON au projet « nourrir de vives inquiétudes pour l’avenir ». Les faits lui donnent raison ; le Jura est le canton qui présente le plus de points faibles en Suisse. Avec une démographie stagnante, des prévisions financières inquiétantes, un développement industriel discutable et un fonctionnement administratif inadapté, le canton du Jura s’est endormi, oui, au milieu de ses clochers. Jusqu’à quand ?

 

Jean-Daniel Tschan

Ancien député

Le Noirmont 

 

Le Noirmont, le 28.04.2023

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