Remarques sur l’Unité du Jura

Permettez-moi de vous apporter quelques éléments de réflexion sur le rapport du Gouvernement jurassien et le rapport du PCSI. J’ai sans doute une approche différente du problème puisque j’ai habité 40 ans ou presque à Bévilard et Saint-Imier, y compris 4 ½ à Porrentruy et 17 au Noirmont. De plus, ma mère venait de Pleigne.

Gouvernement

A ce stade du développement de la Question jurassienne, le gouvernement tient le même discours depuis 1979. Il faudrait reconstruire l’unité des 6 districts francophones ; pour rappel, le Jura historique englobait le Laufonnais germanophone. Parler de Jura historique est un « oubli » historique simplificateur.

Au sujet des gouvernements successifs et jusqu’à celui en fonction, il s’agirait de poser la question suivante : « Qu’a fait le canton du Jura pour tenter d’inverser la tendance probernoise dans le sud ? »

Depuis 1979, le canton du Jura a déployé beaucoup d’effort pour rattraper le retard accumulé en plusieurs décennies, notamment la Transjurane. Mais l’accès autoroutier à Bâle est inexistant malgré le fait que Delémont veut s’approcher de la cité rhénane.

Sinon la fiscalité est toujours très lourde dans le Jura, malgré une très lente inversion de la tendance.

Inverser une tendance passe par des actes que les »affaires » liées à la gestion même du canton ternissent (BMW, pornogate, chef de la police, accumulation des avantages à certains dignitaires de l’Etat, république des petits copains, etc.)

L’image politique donnée à l’extérieur est mauvaise : il y a trop de magouille dans la gestion de l’Etat jurassien.

Deuxième question décisive : la majorité politique du canton exprimée par un électorat à près de 40% PDC veut-elle véritablement reconstituer l’unité du Jura ? c’est la question de base à se poser.

Sachant que le PDC est très faible dans le sud hormis à Moutier, il n’a rien à gagner dans un Jura à 6 districts. La répartition politique des forces d’un Jura unifié aurait un impact positif pour le PS, les radicaux, les verts, l’UDC ; par contre ce serait désastreux pour le PCSI et le PDC, c’est une réalité !

MAJ

J’ai lu que le MAJ avait élu un nouveau président en la personne de M. Laurent Coste, PDC,  de Moutier. A mon sens c’est une double erreur : d’une part il habite Moutier, d’autre part il est PDC. Ce double signe ne peut avoir qu’une perception négative sur les habitants du Jura sud, qui ne s’identifient ni à Moutier, ni au PDC.

Réalité

Des personnalités se sont déjà exprimées sur les prochaines votations qui devraient se déroulées en 2013. Tant Alain Charpilloz dans le Jura libre que Roger Schindelholz par exemple ont exprimé des opinions intéressantes ; pour le premier, de Bévilard, le vote, dans sa globalité, ne différera pas de celui de 1974, ni les votes communalistes de 1975. Même Moutier n’a aucun intérêt objectif à rejoindre le canton du Jura (Tornos soutenue par Berne, hôpital, administration cantonale, etc.)

Pour le second, il faut laisser passer une génération car celles qui ont vécu les plébiscites des années 1970 sont trop marquées par les événements.

Moutier n’est pas le Jura bernois : le maire Zuber fonce tête baissée, mais sa base est en voie de déliquescence (affaiblissement du PSA, démissions, monopolisation des colonnes des journaux, brassage d’air).

Question autour de la création d’un canton de l’Arc jurassien. Une motion du député Gsteiger a été refusée par le gouvernement bernois. L’idée rejaillira dès la fin des votations de 2013. Le PS jurassien a entrepris des démarches avec le PS neuchâtelois pour envisager une fusion Jura – Neuchâtel.

Texte « Rapport… »

Je serais moins fervent en faveur du Gouvernement jurassien qui n’aborde pas les vraies questions !!!

La majorité des gens du sud ressentent la création d’un canton à 6 districts comme une annexion. 70’000 contre 50’000, c’est une question très fragile à faire accepter.

Il est très important de dire et redire que le langage doit changer. Ressasser les mêmes rancoeurs n’a de sens que pour celles et ceux qui ne veulent en fait rien améliorer.

Il faudrait, pour améliorer cet état de fait générationnel, d’une part adopter un profil plus ouvert sur le sud, d’autre part passer aux actes et proposer des projets « unitaires ». Finalement on en est à une collaboration intercantonale polie, mais chaque région JU, JU-sud, voire NE, tire la couverture à elle.

C’est lorsque cette mentalité « jurassienne » au sens large du terme sera adoptée et mise en pratique que l’on pourra parler d’unité jurassienne, y compris l’Arc jurassien.

Moralité

Pour battre l’Espagne en finale de l’Euro, l’entraîneur de la Syldavie (Tintin !) se doit de connaître toutes les données de ses adversaires, notamment ses forces et surtout ses faiblesses. Toute autre attitude serait coupable, non professionnelle. Pour gagner un match, une votation, connaître ses adversaires est vital. En politique c’est la même chose !

Se soustraire à une analyse de ce type est coupable : dans le canton du Jura aucune analyse sérieuse n’a été entreprise depuis 1975 pour étudier le pourquoi du non au canton du Jura!

Dans le Jura, il faut que les politiciens se posent une fois pour toutes la question de savoir pourquoi les Jurassiens du sud ne veulent pas épouser les idées et partager la vie des Jurassiens du nord. Une telle introspection permettrait d’aller de l’avant et de poser une fois pour toutes les données des problèmes.

Cette tâche devrait venir du Gouvernement.

Pourtant le Jura sud n’a jamais été si fragile, donc bon à séduire, encore faut-il en vouloir et y mettre du sien !

Excusez-moi de vous avoir pompé la vue durant quelques minutes.

JD Tschan

Partager l'article sur

Répondre