Tourisme énergétique de la région de Saint-Imier

Historique

Avant de poser une réflexion sur le tourisme actuel dans la région de Saint-Imier, il est important de connaître le passé de cette région connue en particulier pour ses deux montagnes, Mont-Soleil et Chasseral.

Jusque dans les années 1850, le Haut-Vallon de Saint-Imier était une région liée purement et simplement à l’agriculture. Le développement de l’horlogerie dès lors donna une impulsion économique époustouflante. La population de Saint-Imier et de Sonvilier augmenta fortement au XIXème siècle. (Saint-Imier : 900 habitants en 1810 ; 7455 en 1900. Sonvilier : 1513 habitants en 1818 ; 2885 en 1860.)

Actuellement Saint-Imier compte environ 5000 habitants et Sonvilier 1200.

Quelques marques horlogères ont pris naissance dans le Haut-Vallon. Si Longines y demeure toujours, n’oublions pas de relever que Chopard a été créé à Sonvilier, Heuer, devenu Tag Heuer à Saint-Imier, tandis que Blancpain vient de Villeret.

En 2021, l’horlogerie constitue toujours le nerf économique du Vallon de Saint-Imier. D’autres industries se sont développées, comme Straumann notamment.

 

Historique touristique

Chasseral était surtout connu comme lien et passage indéfectible entre les montagnes jurassiennes et la plaine, notamment la Neuveville. Son altitude (1609 m) était un obstacle difficile à passer. Son côté touristique a été mis en valeur par la création des téléskis des Bugnenets et des Savagnières à la fin des années 60. Ce sont les aménagements routiers, la création de « tire-fesses » -comme on disait autrefois-  et  le développement de l’automobile qui ont donné une impulsion au développement du ski de piste dans cette région. En fait de tourisme, il faut dire que le ski (de piste et de fond) n’a pas apporté un dynamisme touristique, tout au plus quelques emplois saisonniers… lorsqu’il y a de la neige. Des restaurants ou buvettes ont été construits, qui ne sont ouverts qu’en hiver avec la neige.

Les différences des données géologiques entre Chasseral et Mont-Soleil sont évidentes. L’altitude (1609 et 1291 m) apporte un accès plus aisé à Mont-Soleil. Tant par les Franches-Montagnes que par le Vallon de Saint-Imier, Mont-Soleil est plus accessible que Chasseral.

De ce fait, le Mont-Soleil a dès le XIXè siècle connu un développement touristique intéressant. Le ski en hiver, les balades en été ont toujours attiré une clientèle sportive.

 

Un événement important

La création du funiculaire en 1903 a constitué un pas décisif pour Mont-Soleil. D’une part l’accès était simplifié pour la population indigène, mais aussi pour les touristes ; d’autre part ce moyen de locomotion a favorisé la pratique du ski. Par son altitude, Mont-Soleil est alors devenue une station prisée par les riches Britanniques, d’où la construction du Sport-Hôtel, et la création du Lawn Tennis Club Mont-Soleil (en 1905, un des plus vieux clubs de tennis en Suisse).

De Mont-Soleil à Saint-Imier il y avait une piste de ski dans la forêt. Il y eut même des courses. Un mini-téléski a été implanté au-dessus du funiculaire, suivi par un télé-bob pour les petits, mais il n’a jamais constitué un attrait majeur. 

 

Le tourisme au Mont-Soleil, XXème siècle

Il faut tout de même préciser un point important : le Mont-Soleil n’a jamais connu une croissance de type touristique comparable aux stations des Alpes. Pourtant il faut se souvenir que Mont-Soleil avait été candidat en 1943 à l’accueil de l’Ecole fédérale de gymnastique et de sports (EFGS). Malheureusement pour Saint-Imier, c’est Macolin qui avait été choisi.

Un seul hôtel avait été construit au début du XXème siècle, le Sport-Hôtel, actuellement occupé par des privés. D’autres restaurants, comme la Crèmerie, l’Assesseur ou la Gentiane, possédaient des chambres, environ une dizaine chacun. Du côté de Mont-Crosin sur Villeret, deux hôtels ont été bâtis, le Chalet de Mont-Crosin et le Vert-Bois.  

Depuis quelques années, les restaurants et hôtels de la région du Mont-Soleil ont connu des hauts et des bas notoires. En résumé la situation à ce jour est la suivante :

Communes Hôtels Restaurants Situation

Renan La Gentiane ouvert irrégulièrement

Sonvilier l’Assesseur ouvert

Little Ranch fermé en hiver

Saint-Imier Sport Hôtel fermé

Le Manoir ouvert depuis une année

La Crèmerie fermé

Buvette Les Sorbiers ouvert irrégulièrement

Villeret Vert-Bois ouvert sur demande

Chalet ouvert

 

Commentaires :

Au cours de ces dernières années, il y  a eu plus de fermetures d’hôtels-restaurants que d’ouvertures. Un monument, le Sport-Hôtel  est occupé par un couple de privés, un restaurant d’excellente réputation a été bouclé (la Crèmerie), un hôtel-restaurant de bonne réputation est fermé (Vert-Bois). Le restaurant Le Manoir a été fermé durant plusieurs années. Il est de nouveau ouvert depuis environ 18 mois.

 

Centrale solaire et parc éolien de Mont-Soleil

La centrale solaire a été construite en 1992 et les premières éoliennes en 2010. Il est évident que des milliers de touristes, pour la plupart en provenance de Suisse alémanique, se déplacent sur les hauteurs de Mont-Soleil. La majorité d’entre eux arrivent en train jusqu’à la gare de Saint-Imier, puis empruntent  le funiculaire. Le sac à dos plein de nourriture, ils ne dépensent quasi  rien  dans la région. À Mont-Crosin, il y a un grand parking qui accueille les voitures des visiteurs. Ce parking est situé à l’est des éoliennes, donc éloigné  des quelques restaurants potentiellement ouverts.

Un agriculteur organise des tours pour visiter le parc éolien. Il apporte quelques informations, essaie aussi de vendre des produits régionaux. 

 

Saint-Imier et le tourisme

Malgré la présence de Longines surtout, mais aussi de Straumann et d’autres PME, l’hôtellerie est quasiment morte à Saint-Imier. Autrefois il y avait par exemple l’Hôtel des 13-Cantons, transformé en appartements et bureaux dans les années 1980 avec en bas un pub. Jusque récemment l’Hôtel Erguël était encore ouvert, mais actuellement seul le restaurant est en fonction. Seul l’Hôtel-restaurant de la Fontaine au centre de Saint-Imier est encore ouvert, avec une dizaine de chambres. Actuellement le Haut-Vallon de Saint-Imier compte environ 20 chambres d’hôtels. Il y a 50 ans il devait y en avoir cinq fois plus avec Mont-Soleil.

 

Conclusion

Voici bientôt 30 ans que le parc solaire a été inauguré, puis le parc éolien de Juvent s’est greffé d’un point de vue énergétique à cette réalisation. Depuis une trentaine d’années, l’impact touristique de ces constructions est très faible :

les emplois créés dans la région sont quasi nuls. L’entretien des parcs solaires et éoliens est confié à des entreprises allemandes et suisses alémaniques qui délèguent, selon les besoins, des spécialistes. Les éoliennes sont gérées depuis Munich. 

les emplois dans la restauration et l’hôtellerie sont plus ou moins le même nombre depuis longtemps. Ils auraient même tendance à régresser.

le nombre des nuitées est en régression depuis une cinquantaine d’années. À notre connaissance les appartements de type Airbnb sont rares.

Certes, des milliers de visiteurs se déplacent dans cette région. La clientèle potentielle des parcs énergétiques de Mont-Soleil découvre en un jour les installations et déguste à merveille les splendides paysages. Les points de vue permettent de considérer les Alpes dans toute leur splendeur. Cependant, les visiteurs ne dépensent que peu d’argent sur place. La plus-value qui en résulte est négligeable.

L’implantation des deux parcs en question n’a pas créé de savoir-faire dans le Haut-Vallon de Saint-Imier. Les hautes-écoles de Saint-Imier n’ont pas coopéré dans le développement des techniques appropriées. La construction de ces centrales énergétiques n’a pas profité aux entreprises de la région. Hormis les milliers de mètres cubes de béton pour installer les éoliennes, aucune entreprise proche n’a obtenu du travail.  

Mont-Soleil attire beaucoup de visiteurs, mais ne crée ni dynamisme touristique, ni richesse à la population liée à cette branche professionnelle.

Jean-Daniel Tschan

 

2.02.2021

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